Mais comment, une plante et un insecte, peuvent-ils être amis ?

Comme première réponse partielle, nous pouvons vous dire : c’est beaucoup plus qu’une simple amitié, mais une véritable alliance qui a ses racines – c’est précisément le cas – au fil des siècles ! Une alliance, soit dit en passant, dont cet homme, par-dessus tout, jouit !
Mais passons à l’ordre ; en attendant, nous parlons de la culture de la figue (Ficus carica), de la famille des Moraceae. Sa culture est perdue dans l’histoire, ses fruits énergétiques ont accompagné la naissance des premières civilisations agricoles en Mésopotamie. Très apprécié aussi par les Grecs et les Romains, il était déjà largement utilisé à l’époque, aussi bien frais que séché.

Quel est le nom du fruit du figuier et toute la vérité sur les florins ?

Une caractéristique fondamentale du figuier, qui le rendait extraordinaire à l’époque de nos ancêtres, est qu’il porte ses fruits deux fois par an. Les Romains disaient : ses fruits mûrissent quand ils moissonnent et quand ils sont récoltés.

Comme c’est le cas pour le Citron (voir nos deux articles consacrés à cette merveilleuse plante et à sa culture : LIMONE LUNARIO : même les agrumes « ont la Lune » ! et Citrons en croissance, cultivant un rebelle, les fruits de la figue – appelée syconia – prennent différents noms :

florins : formés en automne, mûrissent à la fin du printemps de l’année suivante et ont des fleurs femelles stériles ;
vraies figues : elles se forment au printemps, mûrissent pendant l’été de la même année et portent des fleurs femelles fertiles ou stériles selon les variétés.

Qui trouve un ami … fructifie

Il existe deux formes botaniques de la figuier :

le chevreuil : plante mâle qui produit du pollen et des fruits non comestibles ;
la figue réelle (ou domestique) : plante femelle qui produit des fruits comestibles.
Mais comment se passe le passage du pollen de l’un à l’autre ?
Contrairement à beaucoup d’autres plantes, dans ce cas ni les abeilles très utiles, ni les bourdons, ni le vent n’interviennent ; pour la pollinisation du figuier entre en action un petit hyménoptère : il s’appelle Blastophaga psenes. Un moucheron (environ 2 mm) qui fait un excellent travail et qui depuis des millénaires nous permet de goûter les délicieuses figues.
C’est l’alliance que nous avons mentionnée ; voyons ce que c’est :

Figuier et caprification

Dans la pratique, la cécidomyie agit comme pollinisateur, c’est-à-dire qu’elle transporte le pollen du caprifig au figuier domestique, qui n’a pas de fleurs mâles. Mais ce n’est pas tout !

Les fruits du caprifice sont une véritable maison pour le moucheron, qui remplit toutes ses fonctions vitales les plus importantes : accouplement, ponte, œufs à couver. La symbiose mutualiste, comme l’appellent les botanistes, en profite.

La blastophaga, une fois adulte et capable de voler, sort de l’ostiolo (le petit trou à la base du fruit) en souillant le pollen des petites fleurs mâles présentes dans le réceptacle du fruit.

Le petit insecte vole donc à l’intérieur des fruits du figuier domestique avec l’intention de pondre les œufs dans ses fleurs femelles ; cette opération ne sera pas réussie (à cause de la forme inadéquate de la fleur) mais, d’autre part, en remuant, pond le pollen.

Les fleurs qui sont fertilisées produiront les vrais fruits, composés de nombreux petits akènes en bois qui couvrent l’intérieur du syconium qui, devenu charnu et sucré, est le faux fruit ou la figue que nous mangeons.

Cette opération complexe s’appelle la caprification et a eu lieu depuis l’aube du monde. Autrefois, pour faciliter leur succès, il était de coutume d’accrocher des colliers de figues sauvages spécialement préparés pour les plantes domestiques. Dans la Grèce antique, cette opération était réalisée exclusivement par des femmes considérées comme les plus belles comme un souhait pour le meilleur succès de la fécondation et donc une plus grande production.

Un ami, c’est pour toujours

Au fil du temps, la domestication des figues par les agriculteurs a grandement simplifié leur culture ; des variétés de figues parthénos (du grec parthénos = vierge et karpos = fruit) ont été sélectionnées, c’est-à-dire celles qui n’ont pas besoin d’un insecte pour donner des fruits. Nous avons donc appris à cultiver fructueusement le figuier, précisément pour le domestiquer, même sans la présence de l’ami moucheron.

Néanmoins, cette amitié demeure, sinon dans les figuiers de l’agriculture moderne, du moins dans les paysages ruraux et dans les images que nous conservons chèrement après une promenade le long des côtes colorées de la Méditerranée. La nature rustique, en effet, permet au figuier d’être un hôte fréquent des zones marginales et du maquis méditerranéen. L’espèce rudérale s’appelle : les fissures, les murs de pierres sèches, les endroits ensoleillés sont sa maison.

Au moins dans les paysages de tradition (et de mémoire) – pleins de couleurs, d’odeurs et de saveurs – cette amitié ancienne et sincère entre la plante et la moucheron tient toujours.

Oui… nous avons encore beaucoup à apprendre de la nature !

 

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

 

 

 

Theme by HermesThemes

Copyright © 2018 La Bouée Rouge. All Rights Reserved